La psychopédagogie, subjectiver la faiblesse/au risque de la faiblesse
Pour certains, se retirer du monde a commencé par se retirer d’un monde, celui de l’école.
Penser, apprendre, un processus complexe où l’on ne prend pas la mesure des « petits riens »
qui peuvent venir le contrarier; une blessure, un échec, une déception peuvent ronger ce petit être en devenir dont parfois la personnalité sera structurée autour de cette hantise, cette frustration, cette souffrance…. Penser deviendra difficile voire impossible. Pourtant pour
grandir et se séparer symboliquement de ses parents il faudra penser par soi-même et en tant que lieu privilégié de cette éclosion, l’école devra être investie dans sa dimension psychique et sociale. Mais l’école c’est aussi ce lieu d’obligations et de compétitions brutales dont beaucoup d’enfants seront par avance les perdants. Elle devient l’archétype du monde que se
représentent ceux qui ne veulent plus, ne peuvent plus y aller, un monde où l’on se sent perdu, voire écrasé en tant que sujet. Et quand on se sent trop faible pour l’affronter, alors se retirer (non sans mal) devient une tentative de résistance à la souffrance, au réel…
Bram Van Velde, un artiste peintre néerlandais de l’entre-deux-guerres, marqué par la pauvreté et l’incompréhension du monde, vivait de presque rien dans un garage gracieusement mis à disposition où il ne possédait que ses outils de peinture, parce que « dans ce monde qui m’écrase je ne peux que vivre ma faiblesse. Cette faiblesse est ma seule force. ». Mais contrairement à Bram Van Velde, pour les enfants qui viennent en psychopédagogie au cmpp, les ressentis intérieurs peuvent être vécus comme une persécution ou un enfermement, ils ne peuvent ni se penser ni se dire et pour l’école et la famille, ces « faiblesses » sont perçues
comme un « dys-fonctionnement ». La psychopédagogie, une médiation individuelle proposée à des enfants en difficultés face aux attendus de l’école, a cette liberté que l’école n’a pas, proposer du temps, de l’attention, de la singularité, et surtout de l’apaisement. Les « faiblesses » deviennent ici le point de départ, un risque à prendre pour entrouvrir un autre espace. La psychopédagogie c’est un espace temps où les injonctions, les pressions scolaires et familiales, l’avenir et l’infini des possibles peuvent cesser leurs vacarmes quotidiens. Un apaisement pour aider à repartir dans une autre direction que la ligne de fuite qui semble parfois si évidente et si tragique. On y parle si l’on veut, on y joue aussi et on travaille avec
ses mains et parfois on s’aperçoit que ce que l’on construit n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur de soi. Il y a aussi de la pédagogie bien sûr, certains ne veulent faire que des mathématiques, mais la médiation ici n’est pas une assignation, c’est un prétexte à se rencontrer. Elle est prétexte à susciter la surprise, la curiosité, le plaisir, autant de précieuses ressources nécessaires à l’apprentissage mais surtout, susciter une question. Une question vient d’un savoir et non d’une connaissance extérieure à soi, de quelque chose qui est au cœur de soi. Une question, c’est l’intime qui surgit et le désir avec lui… Mais la psychopédagogie
c’est aussi avec les parents, les aider à décrocher de l’idée que l’école c’est le lieu où l’on rate ou réussit sa vie, que l’avenir serait cette projection d’un présent menaçant…Au cmpp la dynamique parents-enfants est au cœur des questions de refus scolaires, ainsi la psychopédagogie est présente dans le groupe de parents d’adolescents hikikomori et des parents sont intégrés dans un projet de penser l’art, et notamment la création en tant que surgissement, comme soin psychique.
Bram van Velde, effrayé par la cruauté du monde tout comme la célébrité, lui dont le monde intérieur n’était que souffrances et qui peignait d’abord « pour se sortir du trou », nous montre le chemin d’une expérience esthétique où traverser le processus de création c’est prendre le risque de faire surgir un fragment du magma au fond de soi ; lui dont les œuvres-fragments ont illuminé ce « trou ».
