décembre 2025

Hikikomori…. – Marie. Maman d’un Hikikomori

Marie. Maman d’un Hikikomori

Hikikomori….

Quand je pense à ce mot, je pense à deux images :
« Kiki », « cuicui »… l’oiseau dans le nid…
« Mori »…. La mort ? la vie ? …. C’est flou. Cela se confond. Drôle de danse.

Etonnant la façon dont un mot peut résumer, ou contenir en soi, des ressentis, le
sentiment de l’infini.
Ou du fini. Du foutu.

Cette « chose », ce drame, ce passage, nous est tombé dessus sans crier gare.
Apres l’assignation à résidence du covid, après des années un peu chaotiques, peut-
etre était-ce déjà des signes, un jour, les volets se ferment, et la prunelle de vos vies,
de votre cœur, se ferme aussi sur elle-même.
Il a 18 ans. Tout pour lui. Une vie à faire.
Et tout d’un coup, tout se rétrécie.
Chaque tentative de remettre la lumière déclenche des cris et des furies. La lumière
est une agression, les volets une protection.
Jour/nuit : plus rien n’existe. Seuls les écrans subsistent. Chaque jour est une
caverne. Veut-il devenir spéléologue ou sous-marinier ?
Non, c’est bien plus profond. Il ne veut plus rien.
La journée est un rituel fixé sur un fauteuil, un lit, devant un écran qui hypnotise.
La nourriture est un paquet de gâteaux secs.
L’air n’est plus que l’air chaud d’un sèche-cheveux qui réconforte.
Les kilos s’accumulent.
La détresse des parents aussi.
Comment accepter que votre enfant,- votre bébé, c’était hier- qui souriait et riait,
devienne cet être de souffrance et de masques.
Discuter n’est plus possible. Souffrir, … jusqu’à l’impossible.
Des dédales d’hôpitaux, pour comprendre. Des dizaines de docteurs qui vous
demandent d’appeler le 15, et vous disent qu’ils ne peuvent rien faire.

On peut en hospitaliser d’office 3 en 1 ?
Comment affronter la solitude, la désespérance ?
Comment expliquer à vos proches ou à votre travail que votre enfant veut s’effacer.
Comment rentrer le soir chez vous et assister à un lent suicide ?
Comment tenir quand la seule réaction à une nouvelle personne chez vous tourne au
vinaigre ?
Comment ne pas devenir … dingue ?
Heureusement que la persévérance et le bon maillon nous a finalement mis sur la
route de Mme Guedj et de deux de ses proches collègues.
Enfin, nous comprenions : hikiko… quoi ?
Enfin, nous savions qu’il faut tenir. Restaurer la confiance. Aimer, aimer encore, celui
qui est trop sensible, et intelligent, pour ce monde.
Attendre… une deuxième naissance ?
Accepter de vivre dans le noir.
Espérer, pleurer, mais espérer. Espérer encore.
Dénouer les fils de notre couple, aussi, car une partie du sujet est dans ces liens
d’énergies, parfois trop forts, pour tout le monde. Dénouer la famille.
Attendre.
Attendre que la carapace se forme. Peut-etre.
Subir. Supporter.
Tenter de se régénérer. Mais… quelle est ma passion, à moi ? Si je veux survivre,
que dois-je ouvrir, dans moi…. Quelle est ma caverne, celle au trésor… à moi ?

Quel parcours initiatique… qui côtoie la mort, la vie, la mort, la vie…
Accepter.
Et un jour, les volets se lèvent. Le soleil réapparait.
C’est vrai ? J’hallucine ? Ca va durer ? Tout est fragile. Tout est suréaliste. Tout fait
peur et joie.
Chacun a traversé sa vallée noire… c’est une escale… pourvu qu’elle soit longue et
utile. Pourvu que tout cela ait un sens.

On sort tous amochés, différents. Avec les cheveux gris. On a un peu compris.
Plus rien n’est pareil. Pour personne.
Combien de vies avons-nous dans une vie ?
Qui sait répondre à cela ?

Et cette société qui est la nôtre ?
Pourquoi crée-t-elle ces êtres de lumière, ces garçons, qui s’enferment et ne veulent
plus la voir ?
Parlons-en, agissons, le ver est dans le fruit, soignons l’arbre.
Préservons nos jeunes, qui sont aussi forts et fragiles que lui.
Comment renforcer ses racines, comment lui donner envie de ne plus choisir l’hiver,
et de croire encore au printemps ?
Et si ce passage était une initiation ? comme les peuples premiers. Plus violente. Pas
codée. Mais nécessaire.
Et si ils en avaient besoin ?
Quelle civilisation doit-on inventer ?
Pour qu’il(s) soient heureux ?